Ça se Corse

// Mai 2026 //

Pour ce petit voyage de printemps, direction les îles, hé ouais mon p’tit père. Bon, ok, direction UNE île.

C’est parti pour la Corse, enfin ! Au programme : une partie du sud, avec un mix de randos, visites et un peu de plages.

Première étape : Toulouse – Marseille en voiture pour aller prendre le ferry.

Le plan initial incluait une balade rapide dans le Panier avant d’embarquer. Ce fut un fail magistral : après avoir posé la voiture dans le parking du centre commercial Les Terrasses du port, nous sommes montés dans les étages du centre en pensant pouvoir accéder à l’extérieur. Nous n’avons JAMAIS réussi à en sortir. Incroyable, nous avons testé les trois étages, aucune issue identifiable (une famille croisée dans l’ascenseur se trouvait dans le même état de perplexité que nous). Le temps nous étant compté, nous avons renoncé et sommes descendus récupérer la voiture pour nous diriger vers l’embarquement côté Corsica Linea.

L’embarquement avec véhicule est hyper bien organisé, assez rapide.

Très probablement en lien avec la hausse très importante du coût du pétrole à cette période-là, le départ avait été avancé de deux heures afin de pouvoir réduire la vitesse. Ce qui nous laisse le temps de prendre possession tranquillement de notre cabine : prévue pour quatre personnes, il est possible de la privatiser pour deux moyennant un supplément raisonnable. C’est grand comme une chambre du Crous, mais c’est très correct et propre.

Nous profitons d’un petit apéro tranquille sur le pont, en faisant de notre mieux pour faire abstraction du groupe de motards qui s’envoie des Riri à tire-larigot en enchaînant les blagues égrillardes à haut volume, et du groupe de jeunes bobos en pleine surenchère de qui sait mieux comment déterminer l’heure grâce à la distance soleil-ligne d’horizon.

Pique-nique rapide avec nos provisions, petite balade sur les différents ponts, puis il est l’heure d’aller se coucher. La mer est d’huile, ça ne bouge pas d’un poil : nuit excellente, encore plus calme que dans un train couchette. Retiens bien ce débrief de la traversée aller, tu verras que la traversée retour n’a pas été la même !

Le lendemain matin, arrivée à l’heure prévue dans le petit port de Propriano : manœuvre bien rodée pour accoster en marche arrière puis débarquer les piétons d’abord, les motos ensuite, les voitures enfin. Une fois à terre, nous filons comme tous les passagers vers la boulangerie pour acheter notre petit déj que nous dégustons sur le port, au soleil, avant une balade rapide puis un petit café en terrasse.

Nous prenons ensuite la route vers Olmeto.

Olmeto

Très joli petit village à flanc de falaise (donc oui, ça grimpe sec). Nous suivons le sentier patrimonial à travers le village, qui fait découvrir le moulin, la maison bourgeoise, le four à pain… Les habitants sont hyper sympa et interpellent les quelques touristes comme nous pour discuter et partager des conseils de visite. Pour notre part, c’est une petite mamie adorable qui nous demande d’où nous venons : elle est ravie, son fils a fait ses études à Purpan donc elle connaît Toulouse !

Après avoir serpenté à travers les ruelles (j’ai précisé que ça grimpait sec ?) et découvert la fontaine, les maisons fortifiées et autres lieux de vie villageoise, nous terminons par l’église qui réunit quatre valeureux fidèles pendant l’office, pas plus. L’occasion de découvrir l’origine du nom du village : chef-lieu du canton, Olmeto tire son nom de l’ormaie dans laquelle les habitants du Taravo se sont réfugiés lors des invasions sarrasines.

Après cette très jolie visite, nous reprenons la route vers Sartène.

Sartène

Grouuuuarrrrh, ça gronde dans les bidous : arrêt improvisé au Bistrot du Cours pour un déjeuner en terrasse. Burger corse pour Jo, salade de tomme de brebis pour moi. J’ai bien demandé s’il n’y avait ni viande ni poisson dans cette salade, confirmation que non… jusqu’à l’arrivée de ladite salade, surmontée d’une magnifique chiffonnade de jambon. Manger végé s’annonce épineux en Corse, attendu que la charcuterie ne compte pas vraiment comme de la viande. Bon, je prends note.

Balade dans la vieille ville ensuite : l’église présente une explication détaillée de la tradition du Catenacciu, le porteur de chaînes. Le soir du Vendredi Saint se déroule une procession qui doit être impressionnante : un homme, vêtu d’un habit et d’une cagoule rouges, porte sur ses épaules une croix en chêne massif de trente-quatre kilos et traîne, sanglée à la cheville droite, une chaîne métallique de quinze kilos. Il parcourt la ville en chutant trois fois, comme Jésus montant au Golgotha. Ça, ça doit valoir tous les Hyrox du monde.

D’autres pénitents complètent la procession avec des rôles précis : un pénitent vêtu de blanc, incarnant Simon de Cyrène et représentant la solidarité humaine, aide le Catenacciu à porter son fardeau ; et huit autres, vêtus de noir et les pieds nus en signe d’humilité et de repentance, portent sur leurs épaules un Christ dans son linceul.

Endosser le rôle du Catenacciu est un véritable honneur et un acte de foi, précédé par une retraite spirituelle au couvent de la ville. Les postulants sont inscrits sur une liste d’attente des années à l’avance. Une fois sélectionnés, leur anonymat est scrupuleusement préservé : seul le prêtre connaît leur identité.

Nous continuons la balade dans la ville et tentons vainement de trouver l’échauguette… avant de réaliser qu’elle est intégrée dans le jardin d’un restaurant. Je m’en escane. Comment un restaurant a pu englober un monument patrimonial, ça reste un mystère.

Nous découvrons également une plaque commémorative : le 26 mai 1583, une flotte barbaresque d’une vingtaine de navires commandée par le roi d’Alger déversa ses deux milliers d’hommes armés dans la ville. Malgré des combats acharnés, la ville fut mise à sac et incendiée, et la quasi-totalité de la population fut emmenée en esclavage à Alger. Très peu revinrent : seuls ceux dont les familles purent les racheter à leurs ravisseurs retrouvèrent leur village.

Sur le trajet nous menant vers Bonifacio, nous faisons halte pour une rando facile sur le sentier des Bruzzi : très praticable et agréable, elle offre de beaux panoramas qui rappellent la côte de granit bretonne et l’opportunité de se baigner dans deux criques. Le temps est très frais, nous nous contentons de tremper les mains et un bout d’orteil.

Bonifacio

Nous arrivons dans notre logement sous une pluie battante : la météo sera capricieuse tout au long du séjour, on adapte chaque jour les plans. L’écolodge, sorte de mobil-home des bois, est top.

Pour visiter Bonifacio, il est obligatoire de laisser son véhicule dans l’un des parkings en contrebas de la citadelle. Bim, 25€ la journée, on ne l’avait pas vue venir, celle-là.

Nous montons à l’assaut de la citadelle via un escalier qu’ouvre la jolie chapelle St Erasme dont la voûte en bois ressemble à une coque de bateau. Une première terrasse permet de profiter de la très belle vue sur la mer et sur les énormes blocs de rocher détachés de la falaise (l’un d’eux offre un mélange improbable entre une forme de sanglier à l’avant, et une queue d’écureuil en panache, un sanglureuil, donc).

L’entrée dans la vieille ville se fait par la Porte de Gênes. Nous prenons le billet groupé donnant accès au Bastion de l’Étendard, à l’Escalier du Roy d’Aragon et au Gouvernail.

Le Bastion de l’Étendard est une partie ceinte de la citadelle qui propose plusieurs points de vue superbes (ainsi que quelques meurtrières depuis lesquelles, tu t’en doutes, une moitié de l’équipe a décoché quelques traits mortels sur les assaillants repérés en contrebas) (c’est facile, il suffit de repérer le plus dodu, il offre davantage de surface d’attaque).

Il donne également accès à plusieurs salles souterraines, chacune abritant une exposition différente présentant l’histoire de la ville convoitée successivement par les Pisans, les Génois, les Aragonais, les Turcs et les Français, ainsi que quelques pièces d’armurerie (malheureusement peu documentées). L’une des expos, hors sujet mais très chouette, était le fruit des travaux d’une classe Ulis dont les enfants ont reconstitué plusieurs tableaux célèbres, incarnant les personnages avec un sens du détail extrême, tant dans les costumes que dans les décors, la lumière et les attitudes (elle est visible également sur Instagram : Faux airs de faussaires).

On ressort du Bastion de l’Étendard par le Jardin des Vestiges dans lequel siestent des chats errants nourris par une association, ambiance Forum romain !

C’est pile à l’heure de la pause sandwich que se met à tomber la pluie. Hop, impro : c’est abrités dans un ancien four en briques que nous pique-niquons à l’abri. Pour mon format, c’est nickel ; Jo, lui, touche un peu le plafond.

Direction ensuite l’Escalier du Roy d’Aragon. Cent-quatre-vingt-neuf marches à descendre puis remonter à flanc de falaise, juste au-dessus de la mer : c’est très cool malgré les protestations stridentes de la petite Garance juste derrière nous, les casques qui nous font une tête de Playmobil et la rampe qui colle, mi-embruns mi-transpi angoissée.

Et pour terminer, après une visite très rapide de Sainte Marie la Majeure puis une pause glaces, nous rejoignons l’autre extrémité de la ville où se trouve le Gouvernail. Pour y parvenir, nous longeons une fête paysanne (censée se terminer à midi selon les affiches : il est 17h, et tout le monde tourne au petit rosé corse en chantant de plus en plus fort), puis le cimetière marin.

Ce site militaire construit en 1880 est un long tunnel de cent-soixante-huit marches (décidément) creusées dans la roche de la falaise et débouchant sur une salle souterraine dotée d’une terrasse à la vue incroyable, destinée à surveiller l’entrée du port et du détroit de Bonifacio. Sur cette terrasse, les militaires installaient à la nuit tombée un puissant projecteur capable d’éclairer jusqu’à la Sardaigne.

Le Gouvernail a également été fort utilisé lors de la Seconde Guerre Mondiale : on peut y voir, dans quelques salles luisantes d’humidité, des armes et autres caisses de munitions. Là encore, comment de tels objets patrimoniaux peuvent être laissés dans des conditions de conservation aussi désastreuses… Incompréhensible.

Nouvelle traversée de la ville pour emprunter, à l’opposé de la Porte de Gênes, le sentier qui permet de voir la ville sous un autre angle, avec toute la pointe de la citadelle qui se découpe en contraste.

Figari

J’avais tout misé sur ce joli petit village, en me basant sur la photo de la belle église visible sur tous les sites de tourisme. Alors non seulement ladite église est fermée hors offices religieux, mais en plus le reste du village est très, très vite traversé.

Le sentier mémoriel nous tente un moment mais nous n’avions pas prévu de randonner ce jour-là, donc sans eau ni chaussures adaptées, bof. Deuxième fail : les vignobles et domaines qui entourent Figari sont tous fermés ce jour-là.

Nous enchaînons donc directement sur le programme de l’après-midi : direction la plage ! Nous sélectionnons celle de St Antoine. Après avoir garé la voiture au pied du sémaphore comme indiqué, elle est accessible en vingt-cinq minutes de marche sur un sentier goudronné au départ, puis un peu plus rocailleux, puis via quelques rochers faciles à passer malgré la monstro-glacière que trimballe Jo ce jour-là.

La plage est une crique de taille moyenne, pourvue d’une grande caverne qui nous offre une ombre bienvenue : ce jour-là, ça tape. Nous nous y installons pour pique-niquer en remontant périodiquement nos serviettes : même en Méditerranée, il y a une petite marée ! L’eau est cristalline, une nuée de petits et moyens poissons pas farouches nous entoure car oui, malgré ses quinze petits degrés, l’eau est trop tentante pour ne pas aller y mariner.

Le temps clair nous permet de voir la Sardaigne juste en face, à une douzaine de kilomètres : on y aperçoit même un village aux toits rouges.

En fin d’après-midi, nous remontons via le sentier : le vent a forci, une tempête commence à traverser la Corse, il faut se courber et lutter pour avancer à certains moments (ça, c’est parce qu’on n’a pas encore mangé assez de brocciu.)

Porto-Vecchio

Nous découvrons notre charmant petit hôtel, Le Mistral. Ultra propre, réceptionniste adorable qui nous invite à utiliser une des places de dépose-bagage plutôt que de payer le parking à 10€, puisqu’il y a très peu de monde dans l’hôtel ce jour-là. Dans un jardin voisin, un âne brait périodiquement : plus typique tu meurs.

La visite de la citadelle est agréable mais assez rapide car les rafales de vent ne nous incitent pas à flâner. L’ambiance de la ville est assez jet-set, bourgeoise. Profitant de son abri, nous visitons au sein de l’office du tourisme la très belle expo Tempi : des portraits d’hommes et de femmes corses, âgés, qui sont également projetés la nuit sur les murs de leur village de naissance. Découvrir ces jolis portraits accompagnés de quelques lignes sur l’histoire de chacun est très touchant.

Seconde pause abritée dans le Bastion de France, qui accueille l’expo permanente In Portivechju ! dédiée à la valorisation du patrimoine culturel et naturel de la région. L’occasion d’en apprendre davantage sur les traditions corses, de la culture de l’olivier au travail du corail en passant par la gastronomie et les légendes diverses (trouille de croiser un mazzeru ou l’Ursulamanu en pleine nuit, maintenant).

Nous découvrons également le fin mot d’une pratique qui nous intrigue : nous avons remarqué plusieurs sépultures familiales situées hors des cimetières, à l’entrée de Bonifacio ou encore sur la route de Figari. Ces caveaux, effectivement assez imposants, témoignent du statut social des familles mais protègent également les terres de manière inaliénable : on ne vend pas les terres sur lesquelles sont enterrés les morts !

L’après-midi, nous nous éloignons pour aller faire une balade le long de la plage de St Cyprien. Nous sommes-nous écartés du chemin, avons-nous fini par une petite escalade des familles, malgré l’assurance que “Siiii, puisque je te dis que c’est par là !” ? Oui, bien sûr que oui (spoiler : c’était pas par là). Dans le maquis, le vent fait grincer les arbres et arbustes, qui couinent avec le même petit cri que celui des dinos à collerette dans Jurassic Park.

La balade est très accessible et agréable, elle sera ponctuée par une baignade rapide pour Jo.

Un déjeuner sur le pouce nous permet de découvrir une merveille : les migliaccioli, des galettes faites de pâte à crêpe agrémentée de brocciu, terrible ! Le soir, en revanche, nous avions envie d’un vrai resto. Nous optons pour A pergola, très sympa et qui ne donne pas le sentiment d’un attrape-touristes. Jo s’y régale d’un sauté de veau aux olives et à la myrte puis d’un fiadone au citron, tandis que je profite d’un plat végé authentique : les aubergines à la bonifacienne, puis d’un moelleux à la châtaigne.

Sur le trajet du retour à l’hôtel, nous longeons l’église au sein de laquelle un concert de polyphonies corses est donné. En collant l’oreille au bois de la porte, nous en volons quelques notes.

Zonza – Bavella

À la rando initialement visée par Jo, nous en substituons une un peu moins vénèr et plus adaptée à la météo : ça souuuuuuffle toujours.

Nous voici donc partis pour le Trou de la Bombe (ndlr pour nos lecteurs oursbelillois : rien à voir avec celui que vous connaissez) à 1400m d’altitude, départ du col de Bavella. Le parking du col est payant, il est possible de se garer le long de la route à 200m en amont. Ce que nous faisons, profitant d’une première vue sur les aiguilles de Bavella face à nous pendant notre pique-nique au chaud dans la voiture. Parce que oui, ça pince là-haut, pas plus de dix petits degrés.

Notre voisin de parking casse la croûte indoor aussi, avec un énorme couteau pour découper un petit sauciflard. Sa sortie du véhicule nous révélant un bracelet électronique à sa cheville, nous ne nous moquerons ni du couteau, ni du sauciflard.

Une fois sustentés, en route pour le Trou de la Bombe ! Il s’agit d’une boucle démarrant dans la forêt avant un passage beaucoup plus rocailleux pour arriver au fameux trou : une ouverture circulaire percée dans la roche, assez impressionnante.

Les panneaux au départ nous vantant la présence de mouflons n’ont pas tenu leur promesse : pas la moindre corniflette en vue. Pour contrer ma terrible déception, Jo accepte de me suivre dans l’interprétation d’une polyphonie corse à la façon mouflonne. Une polyflonie, quoi. Franchement, ça rend hyper bien.

Le retour de la boucle est ponctué par les discussions du groupe qui nous talonne. Nous apprenons ainsi que Babou ne comprend vraiment pas ce que Marion peut bien trouver à Léo qui est apparemment hyper chiant (“Non mais il ne parle pas ! Une fois, j’ai essayé de lui parler de son chien, il n’a pas embrayé ! Attends, franchement !”) (franchement Babou, au vu de la litanie que tu nous as offerte pendant vingt bonnes minutes, le chiant n’est peut-être pas celui que l’on croit, ou plus prosaïquement : c’est çui qui dit qui l’est.)

De retour au col, nous faisons étape à Notre-Dame des Neiges dont le rocher est émaillé d’émouvants ex-voto, petites bougies et autres morceaux de textile commémoratifs.

Un petit stop en terrasse à l’arrivée à Zonza nous requinque, en profitant là aussi de la conversation de nos voisins de table : une équipe de vieux de la vieille, habitués et potes du patron, qui se vannent gentiment et tentent de négocier une ristourne en centimes !

Notre point de chute : l’hôtel Sole e Monti à Quenza, dans lequel nous retrouvons un couple de randonneurs croisés l’après-midi (non, pas Babou, ouf).

Le repas du soir n’y est pas mémorable, en revanche le petit dej du lendemain est intéressant : un binôme de journalistes arrive pour y tourner un reportage sur les recettes familiales, nous tendons – ok, je tends – l’oreille pour écouter tout le brief du reportage. Derrière la vitre, un troupeau de vaches circule en toute autonomie vers son lieu de villégiature.

Ajaccio

Deux heures de trajet sur des routes sinueuses nous mènent à la dernière étape du séjour puisque nous y reprendrons le bateau le soir même. Journée pluvieuse (et venteuse, toujours), nous cherchons des lieux abrités.

Premier stop à la cathédrale, bien entendu, avant d’entrer un peu par hasard au centre d’histoire urbaine. Une belle découverte ! Un film d’une vingtaine de minutes retrace l’histoire de la ville, avec projection en simultané sur une maquette placée sous l’écran, matérialisant au fil du discours les zones concernées par les commentaires. Malin.

La pluie ayant cessé, nous optons pour une balade dans le Quartier des Étrangers, ainsi nommé car il regroupait les grands et beaux hôtels construits pour accueillir les premiers touristes étrangers – anglais pour la plupart – lors de l’âge d’or du tourisme ajaccien, avant la guerre.

La journée file et il est temps d’embarquer sur le ferry : nous regardons s’éloigner la baie d’Ajaccio, “bercés” par une houle qui augure d’une traversée bien différente de l’aller…

Effectivement, la tempête est toujours bien présente et nous nous ferons pas mal secouer tout au long d’une nuit en pointillés.

Toutefois, ce n’est rien en comparaison de la traversée du lendemain : même trajet, même bateau… mais traversée de l’enfer pour les passagers avec vomi à gogo et véhicules qui se tamponnent !

Du plomb dans l’aile

Parmi les curiosités locales : les panneaux de signalisation sont systématiquement criblés de plombs ! Jeu routier nocturne ? Protestation contre toute forme d’autorité étatique ? Les deux ? L’occasion en tout cas de ponctuer chaque panneau du commentaire correspondant : “panpanpanpanpan, on veut pas être limités à 50 !”, “panpanpanpanpan, on n’aime pas Porto Vecchio !” (évidemment : à dire avec l’accent corse.)

Des routes beige rosé

On remarque que les routes sont d’une teinte beige rosé et non grises : est-ce pour lutter contre la chaleur ? J’en ai trouvé l’explication sur le net : “En Corse, certaines routes et sentiers côtiers ou aménagements s’inspirent ou révèlent des teintes chaudes et ocre-rosées en raison de la géologie locale de l’île (comme le granite rose de L’Île-Rousse ou les roches de Piana). Pour un rendu beige rosé et non gris, on utilise un enrobé à liant clair associé à des granulats locaux ou des pigments de roches aux tons chauds : il remplace le bitume noir traditionnel pour laisser la vraie couleur des pierres transparaître.”

Bretagne vs Corse

Au-delà des paysages rocheux, un autre élément rappelle la Bretagne : dans le maquis fleuri, comme dans les landes bretonnes, le jaune et le violet dominent mais ce ne sont pas les mêmes espèces. L’appli Plant Net, mon nouveau jouet, nous fait ainsi découvrir que les teintes violettes sont trustées par la mathiole à trois pointes et le liseron fausse mauve, tandis que les jaunes sont menés par l’astérolide marine et les jolis genêts. Les roses sont aussi bien représentés par la ciste de Crète, le lotus hirsute (oui oui) et le chèvrefeuille des bois.

Regret ultime

De ce très beau séjour demeurera un terrible regret, une fêlure dans nos petits coeurs : ce n’est pas encore la saison des figues. Il y en a partout, dans les rues, dans les villes et villages, il suffit de tendre la main mais… elles sont encore vertes. Inconsolables.

La playlist du voyage